Coups de poings

Réactions à chaud, toujours portées par cet enthousiasme qui m’a tenu en haleine pendant une poignées de jours. Je viens de finir « La Griffe du Chien » de Don Winslow. Je ne connaissais pas le bonhomme, je suis tombé sur son nom depuis la sortie du « Savages » d’Oliver Stone et j’ai décidé de m’y intéresser, comme ça. Je suis donc allé à la FNAC et jeté un oeil aux Winslow présents. Malgré ses plus de 800 pages, celui-là et en particulier bien évidemment sa 4e de couverture ont attiré mon attention plus que les autres, que je ne tarderai pas à acquérir mais ça, on en parle juste après.

Inutile de faire durer le suspense, vous vous doutez bien que si le roman ne m’avait pas plu je n’en aurais pas rédigé une petite chronique aussitôt la dernière page achevée. Sauf peut-être en cas de dégoût absolu. Mais ici, c’est loin d’être le cas. Ce récit est époustouflant. Sur plus de 800 pages s’étalant de la guerre du Viêt-Nam jusqu’au début des années 2000, l’auteur décrit, non dissèque, la guerre contre la drogue des cartels sud-américains. Il dissèque parce qu’il étale avec force détails tous les rouages, les protagonistes, les enjeux de cette guerre sans nom. Le tour de force de Winslow est de raccrocher ces détails chirurgicaux à l’histoire réelle – ce qui rend l’ensemble hautement perturbant -, tout en conservant sans aucune baisse de régime un rythme ébouriffant. De plus ce n’est ni un livre historique, ni un documentaire, il s’agit bel et bien d’un roman d’une noirceur désespérante, où nous suivons le coeur aussi accroché que possible les péripéties, les tranches de vie, les états d’âmes du super agent de la DEA Art Keller, du tueur irlandais Sean Callan, de la pute de luxe Nora Hayden, des frères Barrera, du père Parada et de biens d’autres encore. Winslow joue avec ses personnages, les laissent en cours de route pour mieux les remettre en scène alors qu’on les avait oubliés. Il maîtrise comme personne le « mais où veut-il en venir? ». Il aime ses personnages, énormément, et a fortiori nous également. Ce qui rend les intrigues et les péripéties palpitantes.

Winslow n’a pas une écriture littérairement virtuose, mais d’une efficacité à toute épreuve. Oh, les page-turners, on connaît tous, de sorte de ne plus trop se faire avoir par les bons vieux trucs habituels, mais Winslow se place au-dessus de ça. S’il ne s’embarrasse nullement de phrases ou tournures alambiquées, sa construction est d’une rigueur jamais vue ailleurs, il dynamite ses paragraphes, il rédige au M-16 et ses phrases claquent comme des balles perforantes. Impossible de ne pas voir dans son esprit toutes ces nombreuses scènes d’action époustouflantes, ces têtes qui explosent, ces membres découpés, ces mitraillages à bout portant. Tout est si puissant qu’on se demande bien quel réalisateur pourrait rendre justice à ce récit explosif. Zack Snyder peut-être, mais ce serait bien le seul.

Les 200 dernières pages sont de la folie pure qui achève ce récit éprouvant dans une apothéose de feu et de sang où toutes les pièces se mettent en place pour mieux exploser à coups de roquettes LAWS. Je ne vous ferai pas le coup du tout le monde est pourri, personne n’est innocent, mais en plus de cette efficacité redoutable, le récit dégoûte parce qu’on devine que tout est vrai, et que la réalité est probablement bien pire et qu’il est plus simple pour le lambda de rester loin de ça. Qui a envie d’avoir les chiens des Barrera à ses trousses?

« La Griffe du Chien » est un chef-d’oeuvre, avec une galerie de personnages bigger than life, pervers, désespérés, machiavéliques, idéalistes, romantiques, individualistes et des scènes d’action monumentales. Winslow l’a écrit avec le feu sacré et un amour incommensurable pour ses personnages qu’il nous livre en pâture sans pitié et qu’il n’hésite pas à éliminer pour propulser le récit vers une direction inattendue. Ce roman est un tout, un tourbillon qui ne se pose l’espace d’un instant que pour mieux repartir. Contrairement à nombre de récits rédigés par des paresseux, Winslow nous livre un pavé minutieusement documenté, une oeuvre chargée d’images mémorables et qui questionne le lecteur. Mettez de côté vos tueurs en série traqués par un commissaire désabusé et ne passez pas à côté de cette dynamite.

La Griffe du Chien, Don Winslow

La Griffe du Chien, Don Winslow

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