Schnouf sur canapé

Parfois et même plus souvent que ça, il est bon de sortir des habitudes et des sentiers battus : changer de trajet lorsqu’on se rend au travail, tester de nouvelles couleurs de vêtements… Pour ce qui est de la culture, il en est de même: aller voir le film qui ne nous dit rien, regarder la série qui buzze le moins en ce moment… Et pour les livres, pourquoi ne pas tenter ceux noyés dans la masse cachée derrière les habituelles têtes de gondole ? Toujours lire le dernier Michael Connelly c’est bien, mais qu’est-ce qui rend le père de Bosch meilleur que les autres ? Si vous savez répondre à ça, pas de souci, si vous n’avez pas de réponse immédiate, pourquoi ne pas se lancer dans une lecture « alternative » ?

Nous parlions de série. Nous parlons de romans. Et si nous évoquions les séries en romans ? Ca vous parle ? Pas forcément, alors comme en ce monde tout existe, pourquoi ne pas se laisser tenter par ce « Brooklyn Paradis » ? Série initialement parue en épisodes sur les liseuses les plus populaires, comme les coffrets DVD, il est possible de trouver des recueils compilant les saisons.

Parlons de la première saison, et faisons connaissance avec la famille Burden. Tribu WASP installée à Brooklyn, ils semblent éloignés et protégés de tous les problèmes de ce monde, dans leur cocon social que pourraient leur envier ceux qui ont l’habitude de trimer ou plus simplement le lecteur de base. Ce tableau lisse et idéal serait parfait – dans ce cas, pas de roman ! – si ce n’était la fâcheuse habitude qu’a Courtney Burden pour ramasser tous les objets insolites qui traînent dans la rue, du plus petit au plus encombrant ! Ici, un canapé, qu’a même du mal à transporter une bande de shemales shootées aux hormones. Une fois le mystérieux canapé ramené à la maison, sans savoir que celui-ci est chargé de substances illicites, des truands et des tueurs commencent à le chercher partout, et il ne leur faudra pas trop de temps avant de remonter la piste Burden.

Voici comment la série démarre. Sur les chapeaux de roue. Le premier épisode est d’une efficacité redoutable. L’univers est planté. Les personnages présentés. Le cadre dressé. L’argument posé. Et, bien entendu, l’épisode 1 se termine avec cette envie furieuse de lire la suite. Ca paraît normal dit comme ça, mais Chris Simon arrive à faire seule, ce qu’une armée de scénaristes et de script doctors accomplit sous les ordres d’un showrunner fou furieux ! Chapi-Chapo, donc.

Pour ce qui est de la construction du récit, ou plutôt de la saison (va falloir s’y faire !), Chris Simon assure le job comme une diablesse. Elle vit ses personnages et sait très bien où les emmener. On devine sans mal qu’elle visualise chaque protagoniste, chaque situation, et parvient plutôt bien à coucher par écrit ses images mentales. Ici, point de psychologie poussée, ni d’écriture tarabiscotée, tout est dans l’efficacité télévisuelle. Tout est pensé comme une série TV, une sorte de mix entre Switched (pour la famille CSP++) et The Job (pour la galerie de personnages hauts en couleurs et décalés).

Petit bémol : de nombreux dialogues sonnent Audiard voire Dard. Dit comme ça, ça peut paraître comme un compliment, et ça peut !, l’auteur s’est visiblement amusée à inventer de telles lignes croustillantes, mais personnellement, je n’accroche pas tellement, ça distrait un peu et paraît un peu offbeat avec le reste. Mais de toute façon, je n’accroche pas non plus ni à Audiard, ni à Dard alors mon avis doit être bien isolé, et l’écriture efficace de Simon n’y est pour rien. De plus, certaines situations me semblent incompréhensibles : mais pourquoi diable engager une employée de maison qui ne parle pas votre langue ? Mais là encore c’est américain et je dis la même chose lorsqu’on voit ça dans n’importe quel film 🙂

Pour finir, ayant lu le recueil de la saison 1, la série se lit avec beaucoup de plaisir et de surprises, les rebondissements sont nombreux, le rythme est maîtrisé. Il est aisé de se lire un épisode, puis de reprendre la lecture du suivant un peu plus tard, un peu comme une lecture Netflix. Comme il doit être dur de lire les épisodes au gré des diffusions tout en attendant fébrilement la suite !

C’est rafraîchissant, globalement original, et on a la satisfaction sans prix de passer un bon moment, une bonne lecture feuilletonesque, en lisant une série distrayante qui sort du tout-venant, de quoi caser fièrement avec un brin de provoc’ de bonne foi dans une conversation : « Quoi ?! Tu connais pas les séries de Chris Simon ? »

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